17 avril 2010

Mars (suite)

« A chaque ligne, paragraphe par paragraphe, l'histoire de Fritz Zorn m'apportait une multitude d'explications sur la mienne, m'illuminait, exaltait ma compréhension tout en me terrorisant, mot après mot. »
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17 avril 2010

Marcel

« A vrai dire, le seul souvenir tangible que j'avais de lui était son odeur, un parfum âcre de tabac gris. Comme si cette odeur et la fumée grises et floues n’étaient plus que mes seules reliques de lui. De temps à autre, dans mes rêves, j'entrevois tout de même sa grande charpente, ses yeux sombres et tristes qui me regardent presque, sans un mot. Il est muet. »
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17 avril 2010

L'orage

« C’est alors que j'ai réalisé le tohu-bohu d’un moteur bancal. J’ai tourné mes yeux vers le ciel blanc. Un nuage de poussières avait enfumé l’horizon. Le camion surgit sur le chemin. C'était Jean Boissinot, un commerçant d'engrais, meilleur ami de mon père. Il descendit sans me regarder ni même arrêter le moteur de son engin qui empestait le fuel. Il court vers la maison. Je l’entendis appeler Odette avec une drôle de voix pour un type d’habitude fort en gueule. Il s’étouffait en sanglots. »
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17 avril 2010

10 mars

« Je me suis approché sans faire de bruit, le temps qu’Odette laisse sa serpillière. J'ai détaché chaque lettre. Elle sont devenues si précieuses depuis. Afin que je conserve une trace, afin de me convaincre que j'ai vécu la scène. Je les écoute souvent et puis Je les prononce tout bas dans ma tête. Il s’agit qu'elles résonnent pour qu'elles deviennent enfin bien réelles. Elles écrivent le premier des matins pourris de ma vie, dans cette belle matinée du 10 mars. »
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17 avril 2010

L'Aronde noire

« Il a dû ensuite se dérouler quelques heures. Pourtant, dans ma mémoire, la scène suivante s'est passé immédiatement après. Une grosse Aronde noire - à cinq ans, les voitures noires sont forcément grosses- débouche à son tour puis s'est arrêté. Il n'y a plus de poussière. La nuit et son humidité s'approchaient. Quelques gars, tirés de la traite des vaches, sont alors sortis dans l'entrebâillement des portes des étables. Le silence s'est fait comme autour d’un cercueil. » 
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17 avril 2010

Le sourire

« Et mon sourire, avec cet écartement des dents, ce fameux espacement dont elle me disait qu'il est la marque des enfants qui savent chanter. Il paraît même que ce sont des dents du bonheur. Ma mère s’est ensuite estompée, soutenue par mon grand-père, comme deux vieillards qui veulent se cacher du ciel en rentrant dans leur maison. »
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17 avril 2010

La Trépinière

« Elle était comme une carpe prise au piège d’une flaque d'eau. Elle ne respirait plus, elle suffoquait. Elle ne vivait plus, elle agonisait. Quand la douleur était trop forte, je n'en pouvais plus et j'allais respirer un peu sur des chemins de pleine pluie. Puis, l'inquiétude prenait le dessus. Je regagnais la maison pour aller écouter derrière les volets de la chambre,  suivant, minute après minute, la progression de ce qui ressemblait à un supplice de tortionnaires de l'Occupation. »
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17 avril 2010

La Trépinière (suite)

« Nous vivions dans un hameau qui s'appelle La Trépinière. Un livre historique sur les Deux-Sèvres, rédigé par un journaliste,  Maurice Poignat, dit que c’est à la Trépinière que furent vus les derniers loups en Deux-Sèvres. Je ne sais si c’est exact, mais dans cet endroit, j’avais l’âme peuplé de loups bien à moi. »
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17 avril 2010

Alexandre

« Etait-ce pour ça qu’il en parlait ? Assis sur la chaise, je ne pouvais pas voir ses yeux. Alexandre disait tout. La furie de la peur et les hommes rendus inouïs par ces combats de chiens. La pluie de boue glaciale et la nuit rouge d’un four de potier. L’attente interminable des soldats, paralysés comme des porcs sous le couteau, à ne plus savoir se plaindre. Le dégoût des effluves impensables qui infectent toute la nuit, collent aux vareuses, imprègnent l’halène. Il m’expliquait les « 380 » qui faisaient trembler la terre comme... [Lire la suite]
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17 avril 2010

Alexandre (suite)

« Il me corrigeais avec son accent saintongeais : « Jamais personne n’est vraiment victorieux d’une guerre. Surtout pas les soldats… La preuve : elle a recommencé vingt ans plus tard, plus cruelle si c’est possible, encore des morts, des bombardements, des villes et des pays entiers, de la ruine pas épaisse... La deuxième guerre a rabâché la Grande à devenir béante comme la mer. »
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